Comment massacrer la distribution d’un bon film : le cas I love you Phillipp Morris

La comédie John Requa et Glenn Ficarra I love you Phillipp Morris raconte une histoire d’amour entre Jim Carrey et Ewan McGregor. L’année dernière, ce simple fait a rendu frileux tous les distributeurs américains, aucun d’entre eux n’ayant désiré diffuser le film sur le sol des États-Unis. Un choix que je ne m’explique toujours pas. L’homosexualité est-elle un tabou à ce point là ? Évidemment, certaines scènes surprennent dans le cadre d’une comédie américaine mainstream : entendre un type demander à Jim Carrey de lui « gicler dans le cul », ou voir Ewan McGregor recracher le sperme de son amant a de quoi déclencher des hauts le cœur chez les plus puritains ! Mais ce sont là deux des rares exemples de représentation crue de l’homosexualité dans le film, le reste relevant plus d’une sentimentalité équivalente à celle d’une comédie (ou d’un drame) romantique classique.

Du coup, le film n’a pu être visible que par les chanceux qui étaient à Cannes l’année dernière puisqu’il a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Votre servi… (euh, c’est quoi le féminin de serviteur ?) a eu l’occasion de le voir il y a des mois lorsque le Forum des Images (aux Halles à Paris) a repris les films de cette sélection. C’est une comédie extrêmement réussie et j’ai longtemps craint qu’elle ne soit finalement pas distribuée en France, sa sortie prévue en septembre ayant été repoussée. Mais cette fois-ci, je crois que c’est bon : presque un an après la bataille, le 10 février, la France pourra voir I love you Philipp Morris. Non sans en avoir méthodiquement massacré la promo… En effet, un dernier coup de grâce provenant de la distribution française du film n’a pas manqué de me consterner au plus haut point. Ils ont réussi à pondre l’affiche la plus hideuse – ou plutôt le montage Photoshop bâclé le plus lamentable – qui soit :

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Franchement, on a rarement vu quelque chose d’un aussi mauvais goût. Là, pour le coup, on insiste bien sur le côté gay, de la façon la plus caricaturale qui soit bien évidemment. C’est quasiment La cage aux folles, le retour ! Ce qui est non simplement faux et réducteur (I love you Phillipp Morris est aussi un film d’arnaque à la Arrête-moi si tu peux, une comédie de mœurs pertinente, un film de prison, une histoire d’amour émouvante… bref un mélange des genres bien loin de cette image criarde et kitsch) mais à mon avis pas très efficace commercialement. Qui aurait envie, en effet, d’aller voir un film dont on a tiré cette horreur absolue ? Parlons-en donc un peu, pour donner l’envie d’y courir :

L’homosexualité des deux protagonistes, vous l’aurez compris, n’est absolument pas le sujet du film et tout ce qui pourrait dans le film relever de l’homophobie ou de l’intolérance crasse n’est jamais appuyé par le scénario mais, seulement parfois, sous-entendu dans quelques répliques incongrues (« Il y a un rapport entre l’homosexualité et la cleptomanie ? »). Et au final, c’est tant mieux que l’homosexualité des personnages ne soient qu’un élément de l’histoire parmi d’autres, et en rien son moteur principal. Car I love you Phillip Morris est avant tout un film sur l’amour fou et vorace entre deux hommes qui aspirent à être ensemble sans entraves. La première partie du film est des plus brillantes, elle commence par le portrait féroce de la parfaite famille américaine, et suit les pas d’un Steven Russell assumant enfin son homosexualité et se livrant à des arnaques à l’assurance (parce que « être gay, ça coûte cher »). En prison, il rencontre celui qui deviendra l’homme de sa vie, le Philip Morris du titre, dans une scène de coup de foudre absolument charmante. La peinture du milieu carcéral est d’une acuité et d’une ironie remarquables. Par la suite, un romantisme un peu trop exacerbé prend le pas sur la satire, mais ne gâche pas le plaisir d’un film aux dialogues constamment hilarants.

 Comment massacrer la distribution d’un bon film : le cas I love you Phillipp Morris

I love you Phillip Morris est également le fascinant portrait d’un arnaqueur, qui ne parvient à vivre que dans la dissimulation et le faux semblant, si bien que sa sincérité est régulièrement mise en doute. Un drôle de personnage central, que Jim Carrey porte de bout en bout avec une passion rare. Il est un acteur de génie et le prouve une fois de plus avec ce rôle complexe et jusqu’au-boutiste, drôle et tragique à la fois. Quant à Ewan McGregor, il est surprenant, renversant, stupéfiant et donne corps à son personnage de gay ultra sensible, d’abord exaspérant tant il paraît se conformer à un cliché, puis profondément émouvant quand confronté au malheur amoureux. Une excellente et attachante comédie, orgie comique insolente, un peu inégale mais dotée d’un scénario dingue (tiré d’une histoire vraie !) et de dialogues tranchants, portée surtout par deux acteurs exceptionnels.

2 Comments

  1. Avec la promo de ce film qu’on se tape en ce moment toutes les 10min sur spotify, on pourra pas le rater..

  2. Personnellement, cette affiche m’éclate tellement est elle clichée et -disons- hideuse ! :) J’espère voir ce film bientôt !!

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