De l’hypocrisie des avaleurs d’images
En haut : la photo de Paul Hansen, récompensée en Suède
En bas : la photo de Nathan Weber. La même scène… sous un autre angle.
Polémique autour de cette photo…
Laquelle ? Eh bien, on a maintenant l’habitude de voir des photos comme la première, prise par Paul Hansen et élue « photo de l’année » en Suède. Grand angle, esthétique des couleurs, composition réfléchie, de la beauté morbide comme on aime en voir, comme on nous en donne à n’en plus pouvoir à la moindre occasion. Un seul credo : l’information doit être belle, même quand elle est laide.
Mais c’est la seconde photo qui provoque aujourd’hui de grands émois.
Qu’est-ce qui choque ? Une réalité monstrueuse, où la mort d’une fillette représente pour les photographes vautours un scoop, une simple épreuve technique, un petit paquet de fric ?
En fait, on n’aime pas cette photo car elle nous renvoie à notre propre voyeurisme, à cette sensation désagréable d’être démasqué. Nous sommes tiraillés entre deux sentiments contradictoires : d’un côté notre attirance pour la première photo, de l’autre une réaction de rejet, de dégoût. Envers les photographes… ou envers nous-même ? Une minute avant, on était touché de plein fouet par l’image poignante de la misère humaine, et l’instant d’après, on est renvoyé à notre position d’observateur et de consommateur d’image. Surtout, on réalise qu’avoir ce genre d’images devant les yeux n’est pas du à la présence opportune d’un photographe au bon endroit au bon moment, mais à une recherche systématique et opiniâtre de l’information.
On a tendance à oublier que la photo n’existe que parce qu’il y a le photographe. Lorsque l’on regarde la première photo, on est immergé dans la scène, on a l’impression qu’il n’y a que nous, nous ne voyons pas le photographe, puisque nous sommes à sa place.
C’est un peu comme au cinéma. On a l’impression d’être un spectateur omniscient, immatériel, une particule d’air au milieu d’une scène. Mais tout est construit de telle manière que l’on ne puisse voir que le mensonge que l’on paye (ou pas) pour voir. Lorsque l’on voit les images d’un tournage, avec tout le matériel, la main d’œuvre qu’il implique, on réalise à quel point tout est faux. On s’extasie de cette duperie et on y plonge volontiers, parce que c’est un tour de force que de rendre le faux réaliste.
Le problème, ici, avec cette photo, c’est que l’envers du décors, ce n’est pas du cinéma. À bien y regarder, la photo de Paul Hansen est presque surréaliste, de par son éclairage, sa mise en scène. Celle de Nathan Weber ne fait que lui rendre son contexte. En la voyant nous somme éjectés de notre fauteuil de spectateur invisible. Nous sommes projetés dans notre propre existence. Tous ces objectifs braqués sur ce cadavre, ce sont nos regards avides d’images.
Les spectateurs trahis dénoncent le côté rapace des photographes, leur goût du scoop et du gain, pour éviter de penser qu’eux-mêmes participent à une réalité tout aussi brutale.
Source – Bandeau sous CC par Aaron Escobar
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La deuxième photo me touche bien plus que la première. Honte aux paparazzi (même si c’est leur gagne pain je l’accorde)