Jean-Louis Masson, mon amour…
Journaliste itinérant, glandeur influent, geek pistonné, autant de groupes nominaux qui tant bien que mal essaient de cadrer le mot blogueur. Estimons préalablement que cet article nommera « blogueur » toute personne à l’orthographe léchée et s’intéressant un tant soit peu à sa langue et à sa ligne éditoriale. Le support et le design peuvent être moches, peu importe, ici nous parlons de l’aura de la profession et du contenu généré par le bonhomme.
Le blogueur est en première estimation un particulier exerçant avec joie et allégresse son droit d’expression sur l’internet mondial. Il est même avéré que le blogueur est parfois un journaliste souhaitant ouvrir son propre espace d’expression, les deux fonctions n’étant pas impossibles à cumuler.
Cette même personne, libre et fière de son espace d’expression hurle avec joie sur les gens, distille bons conseils et colères avec une telle liberté de ton qu’il a, à force de travail et de coups d’éclats, acquis la réputation d’être une grande gueule.
Une grande gueule qui fait peur, et souvent fait trembler le vilain marketeux tapis dans l’ombre. La France étant ce qu’elle est, le blogueur est lu justement pour sa capacité à prendre position.
Ah ! Nouvel élément : le blogueur est lu. Riez sous le poids de l’évidence mon cher lecteur, n’empêche que cette information implique un nouveau pouvoir chez notre ami blogueur : celui de monétiser son espace. Le blogueur peut selon son éthique installer des publicités ou lier des partenariats commerciaux ayant pour conséquences de le rémunérer et lui permettant de financer son espace d’expression.
A ce stade là notre blogueur est lu et indépendant. Le mot indépendant implique qu’il n’est pas un gros vendu à la solde d’entreprises quelconques. Mine de rien nous venons d’écrémer les vendus et les illettrés, pour ne garder que la fine fleur des quelques zozos lus, autofinancés et informés qui de leur propres chefs et sans aucune possibilité de contrôle écrivent ce qui leur passe par la tête.
Pour le public, ce sont des influenceurs, des valeurs propres et sûres vers lesquelles se tourner lorsque les médias traditionnels souffrent d’un manque de confiance.
En somme nous sommes des emmerdeurs autogérés.
Imaginez que là tout de suite j’ai envie de me moquer publiquement d’un sénateur en prenant quelques minutes pour vous écrire un paragraphe. Et bien je peux, même que le fait de donner une opinion qui ne sent pas le politiquement correct m’amènera des lecteurs, et donc des clics sur mes publicités, ceci se traduisant par un financement de votre serviteur et par voie de conséquence…un encouragement à continuer d’écrire.
Le sénateur en question s’appelle Jean-Louis Masson. Cet humble représentant du peuple souhaite que les blogueurs aient l’obligation de révéler leurs noms en signant leurs articles, loi à l’appui. Là, vous vous dites qu’il n’y a rien de plus normal que de signer et d’assumer ses écrits.
Erreur.
Il est important de comprendre que certains blogueurs ont fait le choix d’être anonymes et d’écrire leurs articles de telle sorte qu’ils ne parlent pas en tant que « M. Machin » mais en tant que citoyen lambda. Un bonhomme parmi tant d’autre auquel n’importe qui peut s’identifier.
Ici par exemple, même si une petite recherche sur gwaeron vous donnerait mon nom et mon âge, Il est presque certain que connaitre mon rôle dans la société changerait votre à priori lors de la lecture des articles.
Imaginez-vous en train de lire un blog de boulangerie tenue par un boulanger anonyme, et un autre blog tenu par un boulanger exhibant son nom et l’emplacement de sa boulangerie. Dans un cas nous sommes en présence de papotage boulangesque et dans l’autre cas nous sommes en présence de publicité se servant du format blog pour promouvoir des produits.
L’argument judiciaire sera amené par certain, prétextant qu’il est normal en république de connaitre l’identité d’un contrevenant à la loi. Sachez qu’il est extrêmement facile pour une force policière de faire pression sur l’hébergeur d’un blog pour connaitre l’identité de son propriétaire.
En somme en faisant signer leur article aux blogueurs, le législateur force le blogueur à modifier ses propos, sans quoi le public pourrait changer de regard envers lui. Il se pourrait même que le blogueur un peu trop chiant puisse se faire attaquer sur son lieu de travail ou dans la presse par un fanatique de la vengeance.
Vous avez compris, je ne suis pas pour cette loi, mais ça n’est pas l’objet principal de l’article.
J’aimerais bien rire avec vous de Monsieur le sénateur. Nous sommes donc en présence d’un monsieur qui fort de son intelligence a créé une loi aux intentions à peine masquées et s’attaquant à la force écrite la plus incontrôlable du net. Aucun parlementaire ne va se risquer à le soutenir par peur de se voir humilié sur le net par des blogueurs enragés, et notre cher M. Masson va passer quelques semaines à se faire dézinguer de toute part sur le web francophone.
Genre là vous voyez, c’est presque certain que tous ses collègues vont se payer sa tête au restaurant et rire d’une stratégie inexistante et de l’exécution d’un lynchage médiatique en règle. Tout cela simplement parce que tous les blogueurs vont lui tomber dessus et le grand monsieur…bah IL N’Y PEUT RIEN. Vous pourrez lire sur l’article traitant du débat sur rue 89, et le lancement en grandes pompes des hostilités.
Mouah ah ah.
Le pauvre.
Rah qu’est ce que ça soulage. Le Sarko pro des médias entraine dans son dynamisme un troupeau de chèvre filant droit à l’abattoir coté médiatique.
Jusque là, c’était drôle. On vient de râler, c’est mignon, mais j’aimerai vous montrer un chiffre. Pas n’importe quel chiffre puisqu’il vient de Reporters sans frontière et nous montre à quel rang se situe la France en ce qui concerne la liberté de la presse (que vous pouvez retrouver sur leur site en fouillant un peu).
En 2009, la France se situe au 43ème rang mondial pour ce qui est de la liberté de la presse. 43ème sur 175 : c’est tout à fait nullissime pour un pays qui se dit terre de liberté. Le 18 mai dernier, le domicile d’un journaliste a été perquisitionné sous prétexte d’une affaire de diffamation. Comment ne pas passer pour des charlots aux yeux des autres pays démocratiques si les contre-pouvoirs vivent avec des épées de Damoclès au dessus de la tête chez nous ?
Je n’ai pas vraiment de solution, mais au lieu de vous sortir le couplet libertaire, je préfère amener le débat en me moquant d’un homme de pouvoir.
N’empêche… C’est la lose.
Heureusement que Jean-Louis est là pour nous divertir…
Bandeau sous CC par Epimetheus
2 Comments

Les blogueur(euses) ne devraient pas avoir à faire preuve d’humour devant des crétins pareils .
Je me demande quand même : quel genre de monstruosité a t’on pu faire lire à cet homme pour lui souffler une telle idée ? Quel genre de propos indépendant peut il être suffisamment puissant pour atteindre un sénateur ?
J’ai presque l’impression que c’est bon signe si vous voyez ce que je veux dire . En tout cas , 43eme , ça fait vraiment peur .
Suite à l’article d’une amie bloggeuse, je viens d’apprendre l’existence du petit Masson , nul doute qu’il va porter le bonnet d’âne au Palais Bourbon
Liberté Egalité Fraternité notre devis est bel et bien bafouée et 43°/175 notre pays est un bien mauvais élève !
Tous dans la rue …s’il le faut masqués pour cette masquerade